Chypre à la BnF
À l’occasion de la Présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne au premier semestre 2026, la BnF met à l’honneur l’île d’Aphrodite dans le cadre d’une collaboration scientifique avec la Fondation culturelle de la Banque de Chypre (FCBC).
Pays à l’histoire plusieurs fois millénaire, Chypre – Κύπρος en grec – est depuis la plus haute Antiquité l’un des foyers du monde hellénique. Sa position au carrefour de la Méditerranée et du Proche-Orient en fait aussi un creuset de civilisations. Phéniciens, Égyptiens, Perses, Romains, Coptes, Arméniens, Maronites, Arabes, Francs, Génois, Vénitiens, Ottomans et Britanniques ont tour à tour fréquenté, conquis, occupé ou peuplé la Grande Île, contribuant à donner à la culture chypriote la physionomie originale qui la caractérise encore de nos jours. Témoins de cette longue histoire, nombre de pièces de la BnF – antiques, manuscrits, dessins et gravures, documents d’archives et même maquettes d’opéra – évoquent Chypre à travers les siècles et donnent à voir le regard porté par les Français sur cette terre dont le passé, les monuments et l’identité suscitèrent en France de l’intérêt, voire de l’engouement. Des gravures du peintre Louis François Cassas qui visita l’île en 1785 et des icônes des XVIIe-XVIIIe siècles exceptionnellement prêtées par la FCBC et l’église de la Vierge Phaneromeni de Nicosie, confrontent le visiteur aux impressions des Occidentaux sur Chypre en même temps qu’à l’importance de la tradition orthodoxe byzantine dans l’île.
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Chypre dans les collections de la BnF

L’Antiquité Fermer
« Femme tenant une fleur », statue en calcaire – H. 77 cm, l. 20 cm, E. 9,5 cm, Poids 9 kg - 1er quart IVe siècle av J.C. - BnF, département des Monnaies, médailles et antiques, Inv.57.20 L’Antiquité
Dans la mythologie et la poésie grecques, Chypre est associée à Aphrodite « la Cyprienne ». Tout comme le mythe de la déesse, l’art chypriote antique est marqué par les influences croisées de l’Orient phénicien, assyrien, égyptien et perse, et de la civilisation mycénienne et égéenne. Les cités-royaumes indépendantes (Idalion, Lapithos, Soloi, Paphos, Amathonte, Kourion, Salamine…) dominent l’île jusqu’au ralliement à Alexandre le Grand et à leur intégration définitive dans le monde hellénistique. Initiée par les missions des apôtres Paul et Barnabé relatées dans les Actes des apôtres, la christianisation précoce de l’île aboutit à la reconnaissance de l’autocéphalie de l’Église de Chypre par le IIIe concile œcuménique d’Éphèse en 431.
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Chypre byzantine Fermer
Codex « Cyprius » des Évangiles, Monastère « des prêtres », Paphos - Xe siècle - BnF, département des Manuscrits, Grec 63 Chypre byzantine
Après une parenthèse ouverte par les raids arabes du VIIe siècle pendant laquelle l’île constitue une zone tampon entre Byzance et les califats omeyyade puis abbasside, Chypre retourne pour environ deux siècles dans le giron de l’Empire byzantin à partir de 965. Cette période se caractérise notamment par un essor du monachisme. Au moment où Chypre passe sous contrôle des Francs (1192), c’est la figure de Néophyte le Reclus qui domine la vie religieuse insulaire. Moine illettré dans sa jeunesse, Néophyte fonde, avec l’appui de l’épiscopat local, le monastère de l’Enklistra dans les contreforts du Troodos à proximité de Paphos après s’y être dans un premier temps retiré comme ermite. À côté de quelques écrits patristiques, la bibliothèque du monastère renferme surtout les œuvres du saint fondateur. Par-delà les vicissitudes politiques que connaît l’île, le monachisme orthodoxe constitue tout au long du Moyen Âge et même au-delà un pôle particulièrement dynamique du christianisme insulaire.
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Au temps des Lusignan Fermer
Façade de la cathédrale de Famagouste, photographie de Louis de Clercq - 1859-1860 - BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE EI-91-BOITE FOL B - n° 7 Au temps des Lusignan
Conquise au cours de la Troisième croisade par Richard Cœur de Lion puis cédée à la famille aquitaine des Lusignan en 1192, Chypre devient pour près de trois siècles un royaume latin. La nouvelle élite impose la création d’une Église latine soumise au pape, tout en tolérant parallèlement, à des degrés divers selon les périodes, l’organisation ecclésiale grecque préexistante. Au substrat grec ancestral de la société et à l’apport franc qui s’y greffe à partir de 1192 s’ajoutent des communautés syrienne, melkite, copte et arménienne, qui affluent de Terre sainte au fur et à mesure des pertes territoriales subies par les États francs de Palestine et de Syrie. La domination exercée par la dynastie des Lusignan se manifeste de manière spectaculaire par les constructions gothiques qui fleurissent dans l’île et plus particulièrement dans la capitale Nicosie et à Famagouste.
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De Venise aux Ottomans Fermer
Plan de l’île de Chypre et emblème de l’arbre brisé, in Les voyages de Charles Magius - 1578 - BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE 4-AD-134 De Venise aux Ottomans
L’influence croissante des républiques maritimes italiennes, et en particulier de Gênes et de Venise, aboutit à partir du milieu du XVe siècle à une mainmise de cette dernière sur le gouvernement de l’île qui est formellement parachevée avec l’abdication de Catherine Cornaro, veuve de Jacques II et dernière reine de Chypre, en 1489. Sous la menace de ses voisins mamelouks et ottomans, qui contrôlent l’ensemble des rives de la Méditerranée orientale, Venise renforce les places fortes de l’île, Famagouste et surtout Nicosie dont l’urbanisme est radicalement modifié par la construction d’une nouvelle enceinte circulaire dans les années 1565-1567. La prise de la capitale par les troupes ottomanes en septembre 1570 et la chute, au terme d’un siège de près d’un an, de Famagouste en août 1571 met toutefois brutalement fin à la domination vénitienne.
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La Monarchie française et Chypre au Grand Siècle Fermer
Rade des Salines ou de Lernica en Chypres - 1685-1687 - BnF, département des Cartes et plans, GE DD-226 (2 RES) La Monarchie française et Chypre au Grand Siècle
Un siècle après la conquête de Chypre par les Ottomans, la France entretient avec ceux-ci des rapports ambigus. Leur alliée historique en Europe depuis François Ier, elle bénéficie de privilèges commerciaux ou « capitulations ». Adossée à un réseau de consulats, son expansion économique en Orient se double toutefois de prétentions impériales légitimées par les travaux d’érudits qui redécouvrent Byzance et l’histoire de l’Empire latin de Constantinople. La diplomatie française sert à l’occasion de couverture à des missions de renseignement pour de chimériques projets de conquête des territoires ottomans. Louis XIV et Colbert n’ignorent pas le passé français de Chypre. Un consulat s’y installe au port de Larnaca. À l’heure de la controverse théologique sur la Transsubstantiation, des contacts avec le clergé chypriote sont attestés, et Colbert fait acquérir dans l’île des manuscrits grecs et orientaux pour la Bibliothèque royale.
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Voyageurs occidentaux à Chypre au Siècle des Lumières Fermer
Reproduction d’une inscription phénicienne éditée dans Richard Pococke, « A Description of the East, and some other countries » - Londres, 1743-1745 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, FOL-H-321 (2) Voyageurs occidentaux à Chypre au Siècle des Lumières
À la marge des itinéraires du Grand Tour qui se développe au XVIIIe siècle avec le néo-classicisme en Europe, Chypre n’en est pas moins visitée par des voyageurs occidentaux, qui débarquent pour la plupart à Larnaca, carrefour commercial de l’Est méditerranéen et siège des consuls européens. De leur passage ou de leur séjour prolongé dans l’île, certains d’entre eux, érudits ou artistes, laissent un témoignage textuel ou visuel dans lequel ils évoquent les vestiges antiques du pays mais aussi sur ses réalités contemporaines. Attachés aux ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne à Constantinople, les peintres Louis François Cassas et Luigi Mayer dessinent monuments et paysages chypriotes dans la décennie 1780. A la fin du siècle, à Paris, Cassas fera ainsi connaître par une série de gravures les ruines mélancoliques des monuments des rois Lusignan.
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La redécouverte de l’histoire de Chypre sous la Monarchie de Juillet Fermer
Sauf-conduit délivré à Louis de Mas Latrie par le gouverneur de Chypre, dans Documents concernant l’île de Chypre - XIXe siècle - BnF, département des Manuscrits, NAF 14157 La redécouverte de l’histoire de Chypre sous la Monarchie de Juillet
Durant les années 1820, en pleine guerre d’indépendance grecque, un puissant courant philhellène souffle sur Paris. Un nouveau champ d’études émerge avec les publications de Jean-Alexandre Buchon : l’histoire de la Grèce sous domination franque au Moyen Âge. En 1831, l’académicien Michaud, auteur de la monumentale Histoire des Croisades, débarque à Chypre, restée ottomane. À l’été 1832, Camille Callier, ingénieur géographe envoyé à sa suite par le ministère de la Guerre explore la Grande Île pour en dresser une carte scientifique. En 1845, c’est le chartiste Louis de Mas Latrie qui foule le sol chypriote afin de compléter son mémoire sur l’Histoire de l’île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan couronné par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Avec le soutien des autorités locales, il arpente le pays, recueillant inscriptions et autres renseignements utiles sur cette « colonie de la France en Orient durant le Moyen Âge ». De par l’ampleur de ses travaux, son nom reste attaché à l’historiographie de Chypre jusqu’à nos jours.
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La Reine de Chypre Fermer
Lusignan, roi de Chypre, maquette de costume pour La Reine de Chypre, par Paul Lormier (1813- 1895) - 1837-1841 - Bibliothèque-musée de l’Opéra, D216-13 (83-107) Un grand opéra de la période romantique : La Reine de Chypre
Jusqu’au 22 décembre 1841, à Paris, en dehors des milieux académiques, peu de gens sont au fait de l’histoire de Chypre. Ce soir-là, le public de la Salle Le Peletier de l’Académie royale de Musique découvre La Reine de Chypre, grand opéra à la française composé dans le goût néo-gothique du temps, sur un livret de Vernoy de Saint-Georges, par Fromental Halévy, déjà célèbre pour La Juive (1835). Il redonne vie de manière romancée à l’histoire de Catherine Cornaro, fille d’un haut patricien vénitien, mariée en 1468 à Jacques II de Lusignan et restée à la postérité comme la dernière reine de Chypre, contrainte d’abdiquer par la République de Venise en 1489. La Reine de Chypre restera six années de suite au répertoire de l’Opéra de Paris. Wagner, enthousiasmé, en fera une réduction pour piano et chant.
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Le prêt de la Fondation culturelle de la Banque de Chypre
Absentes des collections de la BnF, les icônes orthodoxes sont au cœur de la culture chypriote. Le choix montré ici donne une idée des œuvres que pouvaient découvrir les Occidentaux de passage aux XVIIe-XVIIIe siècles. Cinq des six gravures de Chypre par l’un de ces voyageurs, le peintre Louis François Cassas, complétées par celle que possède le département des Estampes de la BnF, donnent à voir ce que l’artiste jugea utile de montrer de la Grande Île à ses contemporains au temps de l’expédition d’Égypte.
En route vers la Terre Sainte et l’Orient, pèlerins et voyageurs européens se sont souvent arrêtés à Chypre, dont ils ont rapporté des récits de voyages illustrés.
Parmi eux, Cornelis de Bruyn (1652 – 1727), peintre néerlandais de paysage, arrivé à Larnaca en avril 1683, séjourna un mois sur l’île et y représenta des lieux souvent interdits d’accès par le pouvoir ottoman, comme Famagouste dont il dessina de loin une vue panoramique, qui demeura la plus précise représentation connue de cette ville jusqu’au milieu du XIXe siècle. Son récit de voyage, publié à Delft en 1698 et 1700, figure parmi les plus admirés de son époque.
Au siècle suivant, en 1785, le peintre Louis-François Cassas (1756-1827) se rendit à Chypre par deux fois à la demande du comte de Choiseul-Gouffier, alors ambassadeur de France à Constantinople. Parmi ses dessins de Larnaca, Famagouste, Nicosie, Kyrénia, Bellapaïs, Saint-Hilarion et Amathonte, seuls six furent gravés et publiés en 1799 dans Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phoenicie, de la Palestine et de la Basse-Égypte…

Malgré le déclin de la production d’icônes sous l’Empire ottoman, les ateliers chypriotes - plus particulièrement celui de Saint-Héraclide à Politiko - restèrent en activité et produisirent des œuvres austères mais expressives témoignant de la tradition monastique orthodoxe et des pratiques locales de dévotion. Ces icônes, utilisées en contexte aussi bien ecclésiastique que domestique, fonctionnent comme une théologie visuelle et sont des supports de prière dans la pratique chrétienne orthodoxe. Provenant de Chypre et des Îles Ioniennes, ces icônes post-byzantines des XVIIe et XVIIIe siècles laissent voir des influences occidentales transmises à travers Venise, la Crète, le Mont Athos et l’Asie Mineure.

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Commissariat
- Christian Förstel et Maximilien Girard, Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits
- Christodoulos Hadjichristodoulou et Dr Yiannis Toumazis, Fondation culturelle de la Banque de Chypre
Exposition organisée par la Bibliothèque nationale de France avec la participation exceptionnelle du Ministère délégué à la Culture de Chypre, de la Fondation culturelle de la Banque de Chypre, et de l’église de la Vierge Phaneromeni de Nicosie, dans le cadre du Programme culturel de la Présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne de 2026
Infos pratiques
Horaires du musée

Du mardi au dimanche :
10 h - 18 h (20 h le mardi)
Fermeture des caisses à 18 h (19 h 15 le mardi)
Fermeture le vendredi 1er mai 2026
Accès

Richelieu – Rotonde du musée de la BnF
5, rue Vivienne – 75002 Paris
Tarifs du musée
