Enfance déracinée, enfants migrants, adoptés, déportés : l'humanité comme patrie ?
Sélection par Les bibliothécaires - BnF
Sur Terre, aujourd’hui, 43 millions d’enfants se trouvent en situation de déplacement forcé selon l’UNICEF. Concernant les enfants maintenus en esclavage, ils seraient 10 millions selon le BICE. Enfin, 14 millions d’enfants sont orphelins de leurs deux parents selon SOS CHILDREN’S VILLAGES. Autant d’enfants arrachés à leur enfance sans l’avoir choisi. Des enfances victimes de génocides, de conflits armés, de guerres civiles mais aussi de drames familiaux, d’inégalités sociales, de violences. Autant d’injustice auxquelles la plupart de ces enfants doivent souvent faire face seuls, dans un premier temps. Un temps de danger, de mort possible avec comme seul espoir, celui d’une nouvelle terre d’accueil, protectrice et bienveillante comme devrait l’être le monde humain pour accueillir ses nouvelles générations. Face à cette traversée, quels destins vont rencontrer ces enfants, quelle humanité comme nouvelle patrie ? Voici quelques-unes de leurs histoires, fictionnelles ou réelles.
Nos derniers coups de coeur
Roman graphique
Les oiseaux ne se retournent pas
Nakhlé, Nadia
Au moins un quart des personnes exilées en Europe sont des mineurs isolés. Ils fuient la même barbarie que les adultes. Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant qui échappe à la guerre ? C'est la question qui traverse ce récit. Un jour, la décision a été prise : Amel, orpheline de 12 ans, partira. Il n'est pas ici question de choix : son pays est en guerre. Malheureusement, rien ne se déroule comme prévu. À la frontière, Amel perd la famille chargée de l'accompagner et se retrouve seule. Sur sa route, elle rencontre Bacem, un déserteur et joueur de oud. Ensemble, l'enfant et le soldat apprennent à se reconstruire.
« On peut tout te prendre mais pas tes rêves. »
Une oeuvre de sagesse, une maxime de vie et une ode à l’art comme enchantement pour faire face à l’adversité. Les dessins sont d’une grande variété stylistique. Parfois abruptes comme le tragique de la guerre, parfois doux et travaillés comme de la dentelle, expressifs aussi souvent, comme pour dire les cris que les mots cachent et d’autres fois encore, calligraphiques ou représentatifs pour nous parler de l’Orient. Une œuvre que viennent peupler les citations de grands poètes, les chants et la musique arabe produite par l’oud, dont ne se séparera jamais Amel, la jeune héroïne. Au-delà du tragique de la guerre et de la nécessité de fuir seule son pays et d’abandonner sa mère, la narration se fait celle de l’apprentissage de la confrontation des besoins de l’enfance d'avec le monde. Et des choix éclairés : la violence ou l’art ? Le pardon ou la haine ? L’oubli ou les traumas ? Mais la poétisation du monde n'abolît pas tous les problèmes et la réflexion philosophique permet de soutenir l’équilibre de l’ensemble quand la réalité devient impossible à sublimer : « Le pardon n’efface rien ». Et si vivre n’était qu’un voyage ? Et si nous étions des oiseaux ?
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Jeunesse
Gazelle
Wlodarczyk, Isabelle (1974-....)
Une histoire inspirée du drame d'un jeune érythréen mort en fuyant son pays. Les premières lignes de son poème intitulé Gazelle ont été retrouvées dans l'embarcation après son naufrage.« Je cours sur les terres arides. Mon pays est sec et sauvage. Une poussière sur son continent. Sur la grande mappemonde, personne ne peut le désigner du doigt. Nous y vivons pauvres et privés de libertés. En Érythrée. »
« J’ai seize ans et je fuis. J’ai soufflé mes bougies hier. Mon printemps est terminé. J’ai seize ans. L’âge d’être soldat. »
Comment raconter la mort d’un poète de seize ans, sur les chemins dangereux de l’exil ? En dessinant la vie imaginaire d’un adolescent inconnu mort d’être né là où la vie n’est pas possible : « Je pars pour échapper à une vie de conscrit. Je suis jeune et je refuse les armes. » En révélant toute l’ardeur du chant d’un enfant, qui de toute la beauté de son âme, nous raconte les souffrances de sa terre et ses espoirs d’un nouveau lieu où pouvoir exister. En essayant d’enraciner sur le papier les effluves de couleur qui seules peuvent matérialiser ce que fut cette vie disparue. Voilà le savoir-faire que les auteurs ont mis en œuvre pour confectionner ce très bel album illustré. Un hommage mémoriel épique et coloré, au-delà des nombreux ciels noirs ou étoilés que les yeux de cet enfant érythréen ont pu observer lors de sa fuite.
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Bande dessinée
Le ciel dans la tête
Altarriba, Antonio (1952-....)
Des mines du Kivu aux mirages de l’Europe, Nivek, l’enfant soldat, arraché aux griffes de la misère par l’appel d’une vie meilleure, traverse une Afrique magique et tragique, d’une violence et d’une beauté à couper le souffle. Les épreuves de ce voyage initiatique le préparent aux périls de la Méditerranée, mais pas aux déconvenues qui l’attendent sur sa rive privilégiée. À l’ombre de Cervantès et de Mark Twain, un récit épique porté par les visions hallucinées d’Altarriba et les images somptueuses de Sergio García.
« Bois un coup de Dawa, Nivek … Et ensuite, tue … Laisse-toi aller … C’est facile. »
Et si à douze ans, du fait des guerres civiles et de l’esclavage qui sévissent dans votre pays, votre seule chance de survie était de devenir un enfant-soldat ? Et si votre initiation consistait à tuer à bout portant les membres de votre famille et à manger les seins de votre mère ? Ce n’est pas le synopsis d'un film d’horreur mais le destin de nombreux enfants africains, incarnés ici en Nivek, dont nous suivons le cours de la vie à travers différents chapitres, comme autant de découvertes des misères et des beautés de l’Afrique et de l’africanité : Congo, Jungle, Savane, Désert, Lybie, Méditerranée, ... Entre pédagogie et documentaire, conte philosophique et aventures, cette bande dessinée parle simplement de cette violence qui nous semble innommable. Une réussite portée par la qualité graphique du travail sur des motifs esthétiques spécifiquement africains afin de créer un langage pictural singulier qui permet la cohabitation de différents registres de lecture.
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Jeunesse
Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion
Téhem (1969-....)
Années 1960. Dans un quartier populaire d’une ville de La Réunion, Jean et Madeleine sont arrachés à leur mère par les services sociaux qui leur promettent une vie meilleure en métropole, une bonne éducation et des retours réguliers sur leur île. Lucien, jeune fonctionnaire fraîchement affecté à La Réunion, arrive à la préfecture et découvre ses fonctions à la Section 4 : il devra notamment superviser le transfert de « pupilles de l’État » dans l’Hexagone…Transplantés en Creuse, Jean et Madeleine sont séparés. De foyers en familles d’accueil, Jean rencontre d’autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi…
Enfances volées : La Ve République plaide coupable !
Entre 1962 et 1984, le gouvernement français, par le biais de son service d'Aide sociale à l'enfance (ASE), procède au « déplacement » de 2 000 mineurs de La Réunion vers la métropole, sous prétexte d'apporter un avenir meilleur à ces jeunes dans un contexte de natalité galopante sur l'île où l'économie ne repose encore que sur la monoculture sucrière. Séparés de leurs familles, dépossédés de leur identité et de leurs repères, ces enfants serviront le projet politique de redynamiser des zones du territoire à fort exode rural sous la houlette d'une administration kafkaïenne aux relents néocolonialistes. Avec le concours de l'historien Gilles Gauvin, membre de la commission d'enquête sur cette affaire des « enfants de la Creuse », Téhem aborde par le biais d'une fiction très documentée cette page méconnue et peu glorieuse de l'histoire de la Ve République. Il croise habilement l'histoire de Jean, séparé de sa petite sœur Didi, transplanté en Creuse, qui grandit entre foyers et familles d'accueil et qui revient sur son île, adulte en quête de son passé, et celle de Lucien Hérant, fonctionnaire affecté en premier poste à la préfecture de Saint-Denis. (par Pascale Joncour dans La Revue des livres pour enfants du 01/04/2021)
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Jeunesse
Petit Poilu : Chandelle-sur-Trouille
Bailly, Pierre (1970-....)
Petit Poilu rencontre Allume et Allumette, un couple en détresse, au milieu d'un univers de lave en fusion. Après un épuisant périple, ils arrivent à s'échapper de ce monde hostile et arrivent au petit village tranquille de Chandelle-sur-Trouille. Mais les habitants, peureux, se montrent hostiles à l'égard des trois rescapés.
Petit Poilu, solidaire des migrants !
On ne présente plus Petit Poilu, ce petit bonhomme curieux, optimiste et courageux qui vit d'incroyables aventures muettes sur le chemin de l'école. Ici le voilà confronté au drame des réfugiés. Englouti par un nuage très menaçant, à peine émerge-t-il de l'obscurité qu'il doit éviter des boules de feu et des coulées de lave. Il trouve refuge chez deux allumettes mais le danger se rapproche. Heureusement, Petit Poilu a toujours ce qu'il faut dans son sac, ici des bouées pour traverser une étendue d'eau et fuir avec ses nouveaux amis ce lieu où leur vie est en danger. Mais de l'autre côté, à Chandelle-sur-Trouille, ces étrangers ne sont pas les bienvenus, ils font peur. Chapeau aux deux auteurs de si bien expliquer sans aucune parole l'exil et le drame des migrants. (par Pascale Joncour dans La Revue des livres pour enfants du 01/11/2018)
Les bibliothécaires - BnF
Sélection : Enfance déracinée, enfants migrants, adoptés, déportés : l'humanité comme patrie ?
Les enfants d'abord : Janusz Korczak, une vie au service de la pédagogie et des droits de l'enfant
Tamaillon, Stéphane (1970-....)