« Le monde appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt. » : quelques nouvelles du prolétariat en France

Sélection par Les bibliothécaires - BnF

Ce jeu de mots de Coluche semble le plus à même d’illustrer et de rendre hommage à la classe ouvrière. Car derrière cet humour incisif, simple et franc, Coluche touche à l’essence même de ce qui constitue les inégalités de naissance et de classes sociales qui parcourent les sociétés modernes, depuis l’invention des machines électriques et des usines. L’ironie de Coluche porte sur un proverbe utilisé dans toutes les classes de la société et dont le sens est un des mantras de l’ambition et de la réussite des économies capitalistes. Il n’y adjoint que quelques mots, mais ces mots éclairent sur une part essentielle des clés de la réussite. Ainsi, le temps d’une boutade, les oubliés de la ruée vers l’argent, les travailleurs et travailleuses manuels, reprennent la place centrale qu’ils occupent dans l’histoire économique : celle de transformer la matière en plus-value. Si de nombreuses bandes dessinées s’attachent à dépeindre différents facettes de ce monde prolétarien, nous avons souhaité vous proposer aussi la lecture de certains documentaires, pour ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances sur ce sujet.

Sélection thématique Bande dessinée et roman graphique

Nos derniers coups de coeur

Les mauvaises gens

Les mauvaises gens : une histoire de militants

Étienne Davodeau vient d'une région catholique et ouvrière, les Mauges. Ses propres parents sont un parfait exemple de gens, dont l'éducation s'est forgée entre l'église et l'usine. Leur parcours et leurs aspirations sont ceux d'une France à la recherche de justice et de progrès social, de l'après-guerre à l'élection de François Mitterrand (Grand prix de la Critique bandes dessinées 2006, Prix du public et du scénario du Festival de la BD d'Angoulême 2006, Prix France Info 2006 de la BD d'actualité)

Une saga familiale de militantisme ouvrier et catholique

Observateur et chroniqueur du monde agricole et des luttes sociales, Etienne Davodeau se fait ici le conteur de ses origines ouvrières et catholiques. Dans un récit documentaire dont les personnages sont ses parents, il contextualise l’histoire des luttes sociales de la région des Mauges pendant les trente glorieuses. C’est ainsi plusieurs récits qui s’entremêlent : l ’histoire et la géographie des Mauges, sa culture paysanne et catholique, l’histoire de ses parents, ouvriers, et de leurs engagements militants, l’histoire du syndicalisme chrétien en France et notamment les débuts de la Jeunesse ouvrière chrétienne et de la CFDT, qui permettront à toute une génération de s’affranchir des interdits, de prendre conscience de leur valeur et de se battre pour un monde meilleur. Une histoire faite d’optimisme, de luttes, d’échecs, de victoires et de réunions sans fin qui berceront l’imagination du futur auteur.

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Au coeur du patrimoine industriel français

Une visite des hauts lieux du patrimoine industriel français, entre tradition et modernité.Partez à la découverte d'une cinquantaine de lieux emblématiques du patrimoine industriel français. Sont présentés dans cet ouvrage les infrastructures matérielles laissées par une activité humaine passée, du XVe siècle (Moulin à papier Richard de Bas) jusqu'au XXe siècle (Carreau de Fosse 9-9 bis à Oignies ou gare Maritime de Cherbourg par exemple), en passant par des sites industriels du XIXe siècle : filature Motte-Bossut de Roubaix, Chocolaterie Menier en Seine et Marne, Halle Tony Garnier à Lyon, Grands Moulins de Pantin… qui peuvent pour certains êtres encore en activité et pour d'autres qui ont été sauvegardés et reconvertis. On s'attachera à l'architecture du bâtiment, sa réhabilitation s'il y a lieu, mais aussi à l'histoire du site et des hommes qui l'ont fait.Nous découvrirons ainsi tous types d'activités industrielles, comme la verrerie, la sidérurgie, la papeterie, mais aussi filature, brasserie, fonderie, corderie, métallurgie, céramique, construction navale…L'ouvrage, chapitré par grandes régions, propose plus de 150 photographies, avec de nombreux documents d'archives. Un carnet d'adresses à la fin de l'ouvrage donne les informations sur les lieux qui sont visitables.

Une (re)découverte passionnante du patrimoine industriel et maritime 

Le patrimoine industriel est longtemps resté méconnu du grand public. Considérés plus pour leur utilité que pour leur intérêt architectural, les bâtiments ont souvent été laissés à l'abandon après la fermeture de leurs activités. Ce n'est que récemment que l'on s'est intéressé à ces lieux chargés de l'histoire des hommes, en les sauvegardant, en leur donnant même parfois une seconde vie. Cet ouvrage nous guide de région en région pour découvrir ces sites, encore en activité ou pas, où l'on verra notamment le port du Havre, la gare maritime de Cherbourg, les anciens chantiers navals de Nantes, les docks de la Joliette à Marseille... Un tour de France insolite et captivant.

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Paris ouvrier

Paris ouvrier : des sublimes aux camarades

Des sublimes du second Empire aux ouvriers communistes, cet ouvrage propose un panorama de l'évolution du milieu ouvrier parisien illustré par près de 300 photographies et gravures. L'introduction historique est suivie d'un lexique, d'un inventaire, arrondissement par arrondissement, des lieux emblématiques (sièges de partis, journaux, syndicats...), d'un florilège d'expressions, etc.

Quand les ouvriers peuplaient Paris

Abondamment illustré et documenté, à la fois lexique, chronologie et focus sur un monde disparu, cet ouvrage, très agréable à feuilleter, fait revivre sur près d’un siècle, la diversité du monde ouvrier parisien, oublié aujourd’hui. De la révolution industrielle jusqu’à la fin des trente glorieuses, Paris se composait en grande partie de faubourgs ouvriers, souvent spécialisés, et de nombreuses usines se trouvaient dans la capitale. Une époque où Paris compta jusqu’à 3 millions d’habitants dont 40% étaient ouvriers et ouvrières. Une ville capitale au centre des révoltes, des luttes sociales et des transformations économiques. De l’espoir des lendemains qui chantent aux lendemains sans espoir de la désindustrialisation, voici revivre le Paris révolu du prolétariat.

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À la ligne : feuillets d'usine

Ouvrier intérimaire, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poisson et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne. Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature. Par la magie d’une écriture drôle, coléreuse, fraternelle, l’existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes. D’après le roman de Joseph Ponthus.

« Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arrête dans la gorge. » 

Cette adaptation du roman éponyme de Joseph Ponthus reste fidèle à l’esprit de l’auteur et à son esthétique : comment rendre compte de l’expérience ouvrière sans misérabilisme et pathos ? Par l'expérience des corps, machines mécanisées, soumises à l’épuisement et aux douleurs, sans conscience des lignes de production, dont rien ni personne ne doit entraver la course folle. Ce sont les accidents, les blessures, la précarité d’un système économique au sein duquel les intérimaires sont réduits au rôle de variable d’ajustement. Mais aussi la vie au-delà de la souffrance de l’usine ; les solidarités et les animosités. Le corps lavé, encore douloureux et raidi, puis la détente, l’affection, le temps libéré … Enfin (et surtout ?), la poésie, la littérature et la musique qui permettent de s’évader d’un quotidien insoutenable, face auquel toute abdication pourrait être dramatique. Une bande dessinée réussie et lyrique qui donne une leçon d’humilité face à la vie. 

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Dernières tentatives de dialogue avant émeutes !

Dernières tentatives de dialogue avant émeutes !

« Surveillant de hauts fourneaux, étudiant en philo, manutentionnaire dans une usine de saucisses, distributeur de pub dans les gares, demandeur d'emploi... À 24 ans, mon CV est plein de pointillés. Lorsque la nausée m'est venue face au lassant recopiage de mes lettres de motivation, j'ai eu envie de lâcher par correspondance toutes mes colères et tous mes rêves à ceux qui devaient les entendre : Youssef, un pote, Ernest, patron d'une très grande entreprise, Royal et Sarkozy, le directeur de l'ANPE, Lilian Thuram, Paul, le maire de ma ville... et puis Karima, une copine. Elle m'a envoyé balader. Complètement isolée, elle ne jurait plus que par elle-même. Je crois que l'on ne s'en sortira pas comme ça ! » (Pascal Verbèke).

Ce livre est issu de la campagne de la JOC « Emploi Atout Jeunes » qui a permis en 2006 à 30 000 jeunes de s'exprimer sur la question de l'emploi et de construire une charte et des propositions pour l'emploi des jeunes.

Quand les jeunes parlent du monde du travail

« Je suis désolé de t’importuner alors que tu es tranquille sur ton canapé. Je me présente : je suis militant. J’ai rejoint la Jeunesse ouvrière chrétienne en 1997. Je ne t’écris pas pour te montrer que je suis un exemple ou que j’ai toutes les réponses. Je veux être un passeur, un témoin. » C’est avec ce style simple et direct que ce recueil épistolaire, illustré par Plantu, nous questionne et interpelle le monde des décideurs. Une réponse de la France « d'en bas » aux discours lénifiants sur l’insertion des jeunes et la lutte contre le chômage, encore d'actualité, même 20 ans après la publication de cet ouvrage suite aux révoltes d’une partie de la jeunesse des banlieues en 2005. Des échanges engagés, des réflexions riches, des tentatives de comprendre et d'avancer au sein d’une société où l'emploi des jeunes pose question.

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Sélection : « Le monde appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt. » : quelques nouvelles du prolétariat en France