Enfance interdite : le travail et l'exploitation des mineurs

Sélection par Les bibliothécaires - BnF

Il y a 150 ans, en 1874, le Parlement français votait la loi Joubert qui régulait le travail des enfants dans l’industrie. Faisant suite à une première loi votée en 1841 qui interdisait le travail des enfants de moins de 8 ans, elle prohibait, entre autres « avancées » des droits de l’enfant, le travail à temps complet dans certains secteurs, des mineurs de moins de 12 ans (soit 12 heures par jour à l’époque). Si la réalité sociale de cette exploitation de la force de travail des petits humains nous semble aujourd’hui archaïque et est illégale en regard de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), 160 millions d’enfants sont encore contraints, en 2024, de travailler à travers le monde (UNICEF). Afin d’illustrer cette injustice, la salle Ovale vous propose quelques documents sur cette négation de l’enfance, qui peut aussi bien prendre la forme d’une exploitation économique, d’une nécessité de survie, que d’émaner d’une volonté de créer des champions sportifs.

Sélection thématique Bande dessinée et roman graphique

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Terre d'enfants

Terre d'enfants

Les douleurs de la Seconde Guerre mondiale mènent Dominique Darbois, engagée auprès d'associations humanitaires, à la découverte du monde. Entre 1950 et 1970, à travers ses photographies d'enfants, elle met en évidence à la fois la diversité et l'universaliité des êtres humains et promeut un espoir d'échange entre les peuples. La photographie est à ses yeux un moyen permettant « de faire reculer l'intolérance en élargissant le champ de vision ».

La photographie est un humanisme.

Un magnifique ouvrage consacré au travail de la grande reporter photographe Dominique Darbois qui a connu, aimé et photographié tant d'enfants du monde. Si plusieurs générations d'enfants se souviennent de ses albums de photos en noir et blanc parus chez Nathan entre 1952 et 1978, peu savent le travail de toute une vie mouvementée, tourmentée, engagée, de cette femme discrète qui fait partager à travers ses visages d'enfants et ses reportages sur la vie quotidienne, son combat humaniste. Le choix, abondant, le tirage de haute qualité, le format, carré, épais mais maniable, la couverture : l'enfant chinois dormant dans sa boîte et le texte de Pierre Amrouche contribuent à une lecture émue, riche et chaleureuse du monde que l'on souhaite, avec Dominique Darbois, meilleur. (publié dans La Revue des livres pour enfants : Sélection annuelle)

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Les Misérables

Les misérables (8 vol.)

France, 1795. Jean Valjean est condamné à cinq ans de bagne pour avoir volé du pain afin de nourrir sa soeur et ses sept neveux. Après plusieurs tentatives d'évasion, sa peine est prolongée et il ne sort de prison qu'en 1815. Rejeté par tous à cause de son passé de bagnard, il est accueilli par l'évêque de Digne.

Une bonne introduction à cette oeuvre incontournable.

Les Misérables ont été traduits au Japon, depuis longtemps, sous le titre Oh impitoyable. C'est d'après une de ces adaptations du début du XXe siècle qu'Arai a écrit son manga. Adapter une adaptation est périlleux car l'on peut se demander ce qu'il reste de l'œuvre originale. Pourtant ce manga a su garder l'esprit du roman : on y retrouve les personnages principaux, les épisodes les plus connus, et même les diatribes de Victor Hugo contre son temps. Quant à l'univers du manga, il est respecté par la mise en page, le dessin, et même par l'adjonction de fantastique dans l'intrigue, quand Jean Valjean se transforme en lion, par exemple.

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Massamba

Massamba : le marchand de tours Eiffel

Massamba fuit son pays en Afrique pour se réfugier en France. Après une dangereuse traversée de la Méditerranée et un séjour dans un camp de réfugiés, il se cache dans un camion pour rejoindre Paris, où il devient vendeur de tours Eiffel miniatures. Prix Jeunesse-Mairie du XVe 2019.

Un récit poétique pour comprendre le monde.

Les drames et les dangers des flux migratoires vers l’Europe sont décrits dans cet ouvrage dans un langage simple, sans anxiété et à hauteur d’enfant. Le dessin doux, poétique parfois et en même temps réaliste, redouble cette approche parfaitement adaptée sur un sujet complexe à traiter. Quelques pages pour décrire la férocité des humains et du monde auxquelles font écho la générosité et l’espoir. Quelques mots pour décrire les conditions de vie des migrants clandestins entre solidarité communautaire et précarité économique et sécuritaire. L’ingéniosité d’un enfant, qui vend de petites tours Eiffel pour survivre, comme symbole de l’apprentissage de la vie face à l’adversité et une dose d’héroïsme et de happy end. Voici tous les ingrédients de ce court chef d’œuvre pour comprendre simplement ce mot aujourd’hui surinvesti médiatiquement : migration.

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Mettez des mots sur votre colère

Début des années 1900, aux États-Unis. Owen Brady, photographe, s'est spécialisé dans la prise d'instantanés représentant des portraits d'enfants. Ils ont tous en commun le fait de venir de milieux défavorisés et d'être, malgré leur âge, obligés de gagner leur vie. Soutenu par le National Child Labour Committee, voilà plus de quatre ans qu'il parcourt le pays dans le but de dénoncer le scandale de l'exploitation de ces jeunes travailleurs. Mais ce combat, il le livre aussi pour lui-même : Owen a été l'un de ces enfants. Ces cicatrices mal refermées ont fait de lui un écorché vif, en lutte contre toutes les formes d'injustices ...

Dans ce somptueux album au format à l'italienne, Marc Malès nous livre une histoire bouleversante et humaniste sur les conditions de vie des enfants travailleurs aux États-unis au début du XXe siècle.

Le travail des enfants pris en flagrant délit.

Au début du XXe siècle, Owen Brady revient d'un périple à travers les États-Unis, à l'occasion d'une commande du National Child Labour Committee qui souhaite obtenir une loi interdisant le travail des enfants. Pendant plusieurs mois, Owen a photographié les enfants au travail, collecté des preuves. Le personnage d'Owen Brady est fictif, mais ces enquêtes photographiques ont bien existé et le photographe Lewis Hine a réellement réalisé un reportage sur le travail des enfants. Dans un beau format à l'italienne, le dessin réaliste prend des couleurs sépia qui imitent les teintes des photographies anciennes. Cette veine documentaire se mêle à des éléments fictionnels, liés à la personnalité torturée du photographe, très éprouvé par la rencontre avec ces enfants blessés, exploités, humiliés, harassés... Sa révolte passe par des bouffées de violence et des états de sombre dépression, où il se réfugie dans l'alcool et les bordels. Cet album original vaut autant pour sa valeur de témoignage, que pour le récit de vie d'un personnage attachant, lui-même rescapé d'une enfance meurtrie. (par Marine Planche, publié dans La Revue des livres pour enfants)

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Le train des orphelins

Le train des orphelins

New York, 1990. Harvey et Jim se retrouvent. Soixante-dix ans auparavant, ils faisaient partie de ces enfants sans famille issus de l’émigration européenne, emmenés en train à travers les Etats-Unis pour être placés dans des familles d’adoption et servir de main-d'oeuvre bon marché. En fin d'ouvrage, des documents sur le vrai train des orphelins.

Quand les enfants construisaient l'Amérique.

Le premier tome, qui n'a rien à voir avec le roman du même nom, donne à connaître, un peu comme un docu-fiction, une réalité historique méconnue : l'existence de trains entiers d'orphelins (ou enfants abandonnés par les émigrés européens réduits à la misère) qui ont traversé l'Amérique pour aller peupler les terres de l'Ouest. Main-d'oeuvre à bas prix qui rappelle un peu l'univers des enfants des rues à la Dickens, dans un dessin classique mais agréable. C'est à travers l'aventure personnelle de Harvey et de Jim, qui revivent leur passé soixante-dix ans plus tard, en 1990, qu'est traitée cette histoire. Un dossier documentaire complète d'ailleurs utilement la fiction en fin d'ouvrage.

Dans le deuxième tome, Jim et sa soeur Anna poursuivent leur route vers l'Ouest dans le train des orphelins où ils ont été abandonnés par leur père, ce que Jim refuse encore de croire. Le départ du frère de Jim, adopté à l'étape précédente, rapproche le jeune garçon de Harvey, pourtant prêt à trahir son nouvel ami pour trouver une bonne famille. Ce second tome est encore plus réussi que le premier. On comprend nettement mieux la construction, qui alterne le présent (avec la quête du narrateur adulte à la recherche de sa fratrie et de celui qui a usurpé son identité) et les flash-back sur son enfance dans le train. Le cycle 2, qui changera de narrateur pour se concentrer sur le petit frère, promet d'être passionnant. (par Hélène Valloteau, publié dans La Revue des livres pour enfants)

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